Approche méthodologique pour une gestion durable des écosystèmes steppiques

الموضوع في 'منتدى كلية العلوم الفلاحية والزراعية' بواسطة ROQIYA, بتاريخ ‏6 مايو 2010.

  1. ROQIYA

    ROQIYA عضو جديد

    [I
    Approche méthodologique pour une gestion durable des écosystèmes steppiques[/I]
    (Exemple de la réserve naturelle d’El- Mergueb, M’sila, Algérie).​
    Auteur : Mohammed KAABECHE

    Laboratoire « Biodiversité et Ressources Phytogénétiques »,
    Faculté des Sciences, U.F.A, Sétif.
    E.-mail : kaabeche_med@yahoo.fr

    Résumé :
    Cette communication constitue une synthèse d’une étude conçue et conduite sur le terrain par l’auteur, dans le cadre d’un projet DGF-PNUD ayant pour objet la mise en place d’un plan de gestion des parcours de la réserve naturelle d’El-Mergueb. Sur le plan physionomique, ces parcours correspondent à une steppe c’est-à-dire une formation végétale qui doit sa physionomie à caractère herbacé et/ou plus ou moins arbustif, à l'abondance soit des graminées cespiteuses (alfa, sparte), soit des chamaephytes (armoises, remth), mais aussi à la fréquence et au mode de distribution, le plus souvent irréguliers, des thérophytes représentant « l’acheb ».
    Après une présentation sommaire du contexte écologique de référence de la réserve, les investigations ont été envisagées selon les objectifs suivants :
    - Inventaire des ressources végétales
    - Typologie des communautés végétales en tant que producteurs primaires dans la chaîne trophique spécifique aux parcours avec utilisation d’une méthodologie spécifique d’analyse : les investigations ont été menées selon une approche phytosociologique basée sur la prise en compte de la structure fine de la steppe et de sa richesse spécifique.
    Cette étude a permis d’analyser la biodiversité de la réserve et de son utilisation dans le cadre d’une stratégie en vue de la réhabilitation des parcours de la réserve d’El-Mergueb et de contribuer à la mise en place d’un plan de gestion des ressources de cette réserve naturelle.

    Mots-clés : biodiversité, steppe, typologie phytosociologique, parcours arides



    Introduction
    De par sa situation géographique, la réserve d’El-Mergueb fait partie des Hautes plaines steppiques qui sont considérées comme des « terres de parcours ». En plus de leur rôle socio-économique, les parcours remplissent un rôle important dans le maintien de l'équilibre écologique : ils représentent l'habitat de diverses espèces végétales et animales très rares à l’échelle du globe (comme par exemple la Gazelle de Cuvier), protègent le sol contre l'érosion hydrique et éolienne et constituent ainsi un réservoir de la biodiversité.
    Les parcours de la réserve doivent leur physionomie, à caractère herbacé et/ou plus ou moins arbustif, à l'abondance soit des graminées cespiteuses (alfa, sparte), soit des chaméphytes (armoises, remth), mais aussi à la fréquence et au mode de distribution, le plus souvent irréguliers, des espèces annuelles (thérophytes). Il en résulte une structure souvent complexe, dont les éléments constitutifs présentent, habituellement, des phénologies distinctes. Ces parcours offrent donc en général deux composantes : l'une « permanente », constituée des seules vivaces, l'autre « temporaire » (« acheb ») à base de thérophytes. Ces parcours sont l'expression d'une combinaison de deux communautés distinctes, chacune soumise à un déterminisme propre, et dont l'organisation structurale horizontale est du type « mosaïque » (KAABECHE, 1990).
    De nombreuses investigations en Algérie, à caractère appliqué (conçues plus en fonction de préoccupations appliquées au contexte agro-pastoral) ou strictement fondamental persistent à ne pas tenir compte de ce type d’organisation et répondent de diverses conceptions méthodologiques qui privilégient la physionomie de la végétation. Ces conceptions aboutissent à la définition d'unités, de végétation à valeur purement physionomique, ce qui est un paradoxe car ces unités ne prennent pas en compte la composition floristique c’est à dire la ressource fourragère qui constitue l’essence même d’un parcours. La définition d’unités de végétation à vocation « pastorale » en prenant comme critère principal uniquement la dominance ou la codominance d’une plante, ignore de fait la totalité de la ressource constituée essentiellement par les plantes annuelles c’est à dire l’«acheb ». Une telle préoccupation d’ordre méthodologique apparaît comme une base indispensable à la poursuite des investigations orientées vers l'estimation des potentialités pastorales des parcours steppiques.
    Cette étude conçue selon une approche phytosociologique (méthode prenant en compte l’ensemble de la composition floristique du parcours) est conduite selon les objectifs suivants : d’une part entreprendre des actions d’inventaire et de valorisation de la biodiversité (espèces et écotypes locaux) en envisageant leur intégration dans la gestion durable des ressources naturelles tout en prenant en compte l’impératif des préoccupations socio-économiques relatives au contexte agropastoral de la région.
    1. Contexte écologique de référence
    Localisée au sein du vaste territoire steppique, la réserve d’El- Mergueb offre, par sa diversité climatique, géomorphologique et édaphique, de nombreux habitats écologiques de qualité indéniable sur le plan de la biodiversité et cela sur un territoire d'étendue relativement restreinte. Le contexte climatique détermine à lui seul la principale activité socio-économique de la région : le pastoralisme. En se limitant à l’exploitation du tapis végétal naturel (essentiellement des herbes éphémères constituant l’acheb), le contexte social et économique de cette région est régit directement par le contexte climatique et son rythme saisonnier qui joue un rôle important dans la vie sociale et économique des populations de cette région.
    Ce contexte se caractérisent par une forme particulière du climat méditerranéen : diminution et irrégularité accrue des précipitations hivernales (moyenne annuelle : 222,8 mm), augmentation des températures (33 c < M < 37,9 c) et par conséquent de la durée de la période de sécheresse estivale. Ces deux caractères climatiques entraînent un déficit important dans le bilan hydrique des parcours de la réserve et rendent aléatoire les conditions de survie des végétaux et par conséquent de tout développement socio-économique généré par l’exploitation du système pastoral de type extensif.

    2. Matériel et méthodes
    2.1. Approches méthodologiques en usage dans les parcours steppiques
    Comme il a été souligné en introduction, la majorité des études relatives aux parcours steppiques d'Algérie a toujours été envisagée essentiellement en fonction de leur composante vivace (espèce dominante et co-dominante), même si la composante thérophytique, souvent à caractère aléatoire et fugace en fonction de la distribution des pluies, y constitue une importante fraction des ressources pastorales (« acheb » des pasteurs locaux). Ces études répondent donc de diverses conceptions méthodologiques qui privilégie la physionomie globale de la végétation.
    Ces conceptions aboutissent à la définition d'unités de végétation ou groupements végétaux à valeur purement physionomique, c’est à dire des formations végétales. La typologie habituellement retenue correspond à une appellation globale (steppe) complétée par le nom de l'espèce dominante, tantôt graminéenne (steppe à Stipa tenacissima, steppe à Lygeum spartum), tantôt chaméphytique (steppe à Artemisia herba-alba), parfois également par une référence aux conditions climatiques et édaphiques locales (steppe aride ou saharienne, steppe psammophile à Aristida pungens ou halophile à Salsolaceae). Autrement dit, la définition de la « steppe » repose sur une combinaison de critères à la fois physionomiques essentiellement et dans une moindre mesure écologique (pour distinguer des faciès) sans référence à la composition floristique.
    2.2. Approche méthodologique phytosociologique
    Compte tenu de ces diverses observations, cette étude a été entreprise selon une méthodologie phytosociologique (KAABECHE, 1996) en vue de réaliser les objectifs qui constituent les principales préoccupations des investigations appliquées au contexte agropastoral et orientées vers l'estimation des potentialités des pâturages steppiques et vers la mise en place des actions de conservation de la biodiversité et de son intégration dans la gestion durable des ressources naturelles. Ceci dit, il est évident qu’une fois définies selon la méthode phytosociologique sur la base de leur composition floristique, les unités de végétation doivent être caractérisées sur divers plans : structural (stratification et recouvrement), écologique, dynamique, potentialités pastorales.

    3. Résultats
    3.1. Analyse de la biodiversité
    3.1.1. Diversité et composition floristique
    Cette approche permet de réaliser un inventaire de la flore qui constitue la richesse de tout pâturage. Ainsi, au sein de la réserve les résultats suivants ont été obtenus :
    L'exploration floristique de la région à été entreprise depuis plus d'un siècle: REBOUD (1867) citait 349 espèces à propos des communautés steppiques du Chott El-El Hodhna. Récemment, 550 taxons de spermaphytes ont été recensés (KAABECHE, 1990) aussi bien dans les communautés steppiques que dans les communautés forestière et pré-forestière limitrophes des terres de la réserve. Selon les travaux plus récents (KAABECHE, 2005), l’inventaire des ressources végétales de la réserve a permis de recenser 211 taxons de spermaphytes de rang d’espèces. Si on rapporte ces 211 plantes aux 1104 espèces de spermaphytes citées dans l’ensemble des Hautes steppes d’Afrique du Nord par KAABECHE (1998), on remarque que la diversité floristique au sein de la réserve représente 19,1 % de celle de l’ensemble des parcours steppiques d’Algérie, du Maroc et de Tunisie.
    Les 211 espèces recensées appartiennent aux 38 familles botaniques suivantes : Anacardiaceae, Apiaceae, Asclepiadaceae, Asteraceae, Boraginaceae, Brassiceae, Capparidaceae, Caryophyllaceae, Chenopodiaceae, Cistaceae, Convolvulaceae, Cupressaceae, Dipsaceae, Euphorbiaceae, Fabaceae, Fumariaceae, Geraniaceae, Iridaceae, Lamiaceae, Liliaceae, Malvaceae, Papaveraceae, Pinaceae, Plantaginaceae, Plumbaginaceae, Poaceae, Polygonaceae, Primulaceae, Ranunculaceae, Resedaceae, Rhamnaceae, Rubiaceae, Scrofulariaceae, Thymelaeaceae, Valerianaceae et Zygophyllaceae. Rapportées aux 123 familles botaniques de l’ensemble de la flore de l’Algérie, la réserve renferme près de 31 % de ces familles. L’examen de la répartition des 211 espèces sur l’ensemble des 38 familles autorise à faire les observations suivantes :
    - Les familles les plus représentatives en nombre d’espèces sont les suivantes : Apiaceae (10 espèces), Asteraceae (30 espèces), Brassiceae (24 espèces), Fabaceae (16 espèces), Poaceae (33 espèces). A elles seules, ces 5 familles représentent 113 espèces soit 53 % de la richesse floristique de la réserve (Figure 8). Ces espèces sont réparties sur 150 genres botaniques parmi lesquels 52 sont représentés au sein des 5 familles déjà citées.
    Ces familles constituent également le « fond » des potentialités pastorales des parcours, d’où l’intérêt de cet inventaire qui permet de mettre en relation la richesse floristique (Biodiversité) et les potentialités pastorales (utilisation de cette biodiversité) des parcours de la réserve. En outre, cet inventaire permet de faciliter le choix des espèces qui seront ciblées en vue de l’amélioration des potentialités pastorales de la réserve.
    Le site de la réserve se caractérise par un ensemble de taxons endémiques représentatifs tant de l'élément méditerranéen (18 endémiques à affinité méditerranéenne) que de l'élément saharo-arabique (12 endémiques à affinité saharienne). Les familles représentées par ces endémiques, comptent parmi les plus représentatives de la flore d’Algérie : Apiaceae, Asteraceae, Boraginaceae, Brassiceae, Caryophyllacaeae, Chenopodiaceae, Cistaceae, Euphorbiaceae, Fabaceae, Lamiaceae, Papaveraceae, Poaceae et Scrofulariaceae.

    3.1.2. Types biologiques
    Les types biologiques constituent un élément de référence intervenant dans la définition des formations végétales. Toutefois, le classement d'une plante dans un type plutôt que dans un autre n'est pas évident : outre le caractère tranché inhérent à tout système de classification, l'observation sur le terrain a montré que le type biologique d'une même plante peut changer selon le climat, ce qui implique que les types biologiques sont naturellement à noter tels qu'ils sont dans la végétation étudiée, non pas tels qu'ils sont habituellement. Selon la participation de chaque type biologique à l'ensemble de la flore, le spectre biologique peut être dressé; ainsi, au niveau des groupements et du territoire étudiés, les thérophytes apparaissent nettement majoritaires, avec les pourcentages suivants : thérophytes (52 %), chaméphytes (27 %), hémicryptophytes et cryptophytes (16 %) et phanérophytes (5 %).
    Ainsi, l’analyse des types biologiques des végétaux de la réserve révèle clairement que les ¾ des végétaux présents dans la réserve sont constitués par des thérophytes et des hémicryptophytes c'est-à-dire des plantes annuelles et bisannuelles (en d’autres termes par l’acheb). Il est donc difficilement concevable de ne pas en tenir compte dans la typologie des parcours et de persister à les définir selon une typologie basée sur la plante dominante et la co-dominante. Ainsi, l’approche physionomique appliquée à l’analyse des parcours steppiques d’Algérie ne tient pas compte, à notre sens, de deux éléments fondamentaux.
    Le premier a trait à la structure fine de ce type de végétation et le second a trait au fait de la non prise en compte dans la typologie physionomique de « l’acheb » c’est à dire de la composition floristique qui est dominée par des thérophytes. Ces derniers végétaux en représentant 75 % du cortège floristique constituent les ¾ des ressources fourragères c’est à dire l’essence même d’un parcours.

    3.1.3. Organisation de la végétation steppique
    3.1.3.1. Structure de la steppe
    En ce qui concerne la végétation naturelle, à l'exception des reliefs, où prédominent des formations arbustives et des oueds encaissés colonisés par une végétation ripicole à structure arborescente et à base d’individus isolés de pistachier de l’Atlas (bétoum, botma), l’essentiel du paysage végétal de la réserve est constitué par des formations steppiques qui font partie du paysage végétal des Hautes Plaines steppiques dont la vocation est le pastoralisme.
    Il y a lieu de préciser que le terme de « steppe » semble a été utilisé pour la première fois par les auteurs russes (LAVRENKO, 1954) pour qui « les steppes, en tant que type de végétation, comprennent les associations d'herbacées vivaces microthermiques et xérophiles (résistantes au froid et à la sécheresse), parmi lesquelles les Graminées cespiteuses tiennent la première place ». Ensuite, sur la base de convergences physionomiques et à un moindre degré floristiques (dominance notamment d'espèces du genre Stipa L.), ce terme a été élargi à d'autres formations développées dans diverses régions du monde.
    En Afrique du Nord, le terme de steppe est ordinairement adopté pour qualifier, du point de vue physionomique, la végétation naturelle des milieux arides. Cette appellation globale est souvent complétée par le nom de l'espèce dominante, tantôt graminéenne (steppe à Stipa tenacissima, steppe à Lygeum spartum), tantôt chaméphytique (steppe à Artemisia herba-alba), parfois également par une référence aux conditions climatiques et édaphiques locales (steppe aride ou saharienne, steppe psammophile à Aristida pungens ou halophile à Salsolaceae).
    Autrement dit, la définition de la « steppe » repose souvent sur une combinaison de critères à la fois physionomiques, structuraux et écologiques. De même, à l'intérieur d'un même type de steppe, des « faciès » peuvent être distingués, en fonction de la seconde (parfois troisième) espèce dominante. Le terme de "pseudo-steppe" est souvent utilisé pour qualifier la végétation de la bordure saharienne, notamment les formations à Arthrophytum scoparium. Au sein de la réserve, les communautés végétales steppiques constituent le type de végétation dominant et servent de support à un élevage de type semi-extensif à extensif, tandis que les activités agricoles tendent à se cantonner aux sites à bilan hydrique favorable.

    3.1.4. Typologie de la végétation steppique de la réserve
    L’analyse de la structure de la végétation steppique (KAABECHE, 1990, 1996) a mis en évidence l’existence d’une structure souvent complexe, dont les éléments constitutifs présentent, des phénologies distinctes représentatives de deux composantes : l'une « permanente », constituée des seules vivaces, l'autre « temporaire » (« acheb ») à base de thérophytes. Un tel agencement correspond en fait, à une structure particulière qui est l'expression d'une combinaison de communautés distinctes donc soumises à un déterminisme

    3.1.4.1.Typologie phytosociologique
    La végétation steppique des milieux arides et sahariens d’Afrique du Nord (GEHU et al., 1993 et 1994 ; KAABECHE, 1990, 1996a et 1998), correspond aux classes phytosociologiques suivantes :
     Lygeo-Stipetea Rivas-Martinez 1978 em. Kaabèche 1990 : cette classe réunit « l'ensemble des groupements steppiques qui doivent leur physionomie, à caractère herbacé et ou plus ou moins arbustif, à l'abondance soit des graminées cespiteuses (alfa, sparte), soit des chamaephytes (armoises, remth), mais aussi à la fréquence et au mode de distribution, le plus souvent irréguliers, des espèces annuelles ». (KAABECHE, 1990).
     De répartition ibéro-nord-africaine, cette végétation est spécifique aux milieux arides où elle recouvre, en Algérie, de vastes territoires dénommés hautes plaines steppiques. Les parcours de la réserve relèvent de l’ordre des Stipetalia tenacissimae Kaabèche 1990 et de ses syntaxons subordonnées (Alliances, associations). La syntaxonomie de chaque parcours sera abordée dans les paragraphes suivants.
     Pegano harmalae –Salsoletea vermiculatae Braun-Blanquet et Bolos 1957 : selon BRAUN-BLANQUET et BOLOS (1957), cette classe est constituée par "les groupements nitrophiles des pays arides et semi-arides sur sols riches en nitrates". En Algérie, cette classe correspond aux parcours steppiques, à caractère nitrophile et sub-nitrophile, développés sur les sols salinisés au sein des étages bioclimatiques méditerranéens arides, semi-arides et sahariens.
    Au sein de la réserve, les parcours relevant de cette classe sont faiblement représentés et correspondent d’une part au groupement de brousse à Salsola vermiculata et Ziziphus lotus (GEHU et al., 1993) qui colonise les invaginations des oueds et d’autre part et d’autre part au Ziziphetum Maire 1926 correspondant à une végétation arbustive dominée par Ziziphus lotus et colonisant les lits d'oueds et les dayas.
    - Calligono-Aristidetea Géhu, Kaabèche et Gharzouli 1993 : cette classe, représentée par une végétation propre aux régions continentales arides et sahariennes, colonise les amas sableux profonds constituant des cordons dunaires, des dunes et des ergs. Au sein de la réserve, les parcours relevant de cette classe sont peu représentés et correspondent à 2 associations : l’Aristidetum pungentis Maire 1926 spécifique aux parcours sur buttes de sables et sur des placages sableux et le Thymelaeeto-Aristidetum Djébaïli 1978 (DJEBAILI, 1978) propre aux groupements psammophiles sur placage et voile sableux. Ces deux associations relèvent de l’ordre des Aristidetalia pungentis Guinochet 1952 et de l’alliance Aristidion pungentis Géhu, Kaabèche et Gharzouli 1993.

    3.1.4.2. Réhabilitation des parcours de la réserve
    En tant que « réserve cynégétique », les pâturages de la réserve d’El-Mergueb sont censés être protégés et ne devraient pas être exploités. Nonobstant le statut juridique de la réserve, l’objectif de ce chapitre est d’analyser les systèmes de production actuellement en cours au sein de la réserve.
    Déterminés et régis par le contexte climatique, les systèmes pastoraux relatifs aux territoires steppiques sont naturellement basés sur la pratique de la transhumance. Actuellement ce mode d’exploitation des pâturages respectant les règles « écophysiologiques » des végétaux est en voie d’être remplacé par un système basé sur la sédentarisation des pasteurs qui pratiquent la mise en « valeur » agricole.
    L'objectif principal s'inscrit dans une option de lutte contre la dégradation des ressources naturelles pastorales de la réserve par la mise en œuvre d’actions de réhabilitation pastorale à même de créer une dynamique permettant une remontée biologique.
    Cet objectif vise donc la restauration des systèmes écologiques au sens de la définition retenue par la "Society for Ecological Restoration": la restauration est la « transformation intentionnelle d’un milieu pour y rétablir l’écosystème considéré comme indigène et historique. Le but de cette intervention est de revenir à la structure, la diversité et la dynamique de cet écosystème ». Il y a lieu de souligner, également, que l'amélioration des parcours entre également dans une optique de lutte contre les processus de désertification de la zone de la réserve.


    3.1.5. Démarche
    Compte tenu du contexte écologique, biologique et socio-économique actuel inhérent aux parcours de la réserve, toute stratégie de réhabilitation est conditionnée par divers groupes de facteurs. Ces derniers régissent la structure et le fonctionnement des pâturages en tant que système écologique de production fonctionnant selon les lois de la chaîne trophique: en effet, dans la région considérée l'élevage ovin extensif repose, à la base, sur la transformation de matière organique végétale en matière organique animale, réalisant ainsi un flux énergétique trophique entre des végétaux (producteurs primaires) et un cheptel ovin (consommateurs primaires). Ces groupes de facteurs relèvent de 2 catégories : d’une part les facteurs de production et d’autre part les facteurs relatifs aux principaux consommateurs primaires (moutons, homme). La première catégorie de facteurs régissant ce système écologique relève de 3 ordres :
    i. les facteurs d’ordre climatique
    ii. les facteurs d’ordre édaphique
    iii. les facteurs d’ordre biologique et principalement la composition floristique et les communautés végétales : en intervenant comme source de matière organique et comme facteur de pédogenèse toute amélioration sensible de ces communautés entraîne une amélioration des facteurs édaphiques. Par conséquent ces facteurs, d’ordre biologique, constituent une des voies principales de réhabilitation des parcours. &Eacute;lément constitutif des communautés végétales et principal « producteur primaire » d’un parcours la composition floristique constitue donc un facteur primordial dans cette réhabilitation.
    Aussi la nécessité de prendre en compte ces 2 éléments (flore et végétation) dans les mesures de réhabilitation s’impose : parce que la flore et la végétation constituent la ressource majeure des parcours, sur laquelle repose l’essentiel de l’activité socio-économique de toute la région, voir de l’ensemble des pâturages steppiques. La seconde catégorie de facteurs régissant ce système écologique relève de 2 autres ordres suivants :
    4. les facteurs relatifs au cheptel (nature, qualité des animaux, nombre etc.) en tant que principal consommateur du système (d’où l’importance de l’analyse de l’impact des moutons en relation avec l'exploitation sélective de la composition floristique du parcours) et aussi en tant que producteur secondaire.
    5. les facteurs d’ordre anthropique et socio-économique qui sont inhérents au mode d’exploitation et de gestion de ce système écologique : en terme économique, l’Homme reste l’élément principal bénéficiaire de la chaîne trophique.
    Aussi, toute action de réhabilitation doit tenir compte de ces principaux facteurs qui régissent et régulent le parcours en tant que système de production et toute stratégie de réhabilitation doit en tenir compte. Les facteurs climatiques et édaphiques «sont ce qu’ils sont» au sein de la réserve, il n’est pas raisonnable de spéculer sur des variations de ces facteurs qui sont connues pour être irrégulières. C’est évident que les contextes climatique et édaphique constituent des facteurs principaux qui régulent la productivité du parcours mais il est aussi évident qu’à l’échelle spatio-temporelle des actions envisagées, ces facteurs sont des variables qui peuvent être considérées comme des caractéristiques naturelles dont les fluctuations ne sont pas déterminantes pour les mesures préconisées et retenues dans la stratégies de réhabilitation. Par contre, les facteurs d’ordre « biologique » peuvent être intégrés dans cette stratégie. Les bases de l’approche méthodologique relative à la réhabilitation des parcours de la réserve tiennent compte de ces observations.
    La mise en œuvre des propositions de réhabilitation des parcours en vue de la restauration de la valeur pastorale des parcours de la réserve est envisagée par les 2 mesures suivantes : une amélioration naturelle et une amélioration artificielle (plantation d'arbustes, amélioration pastorale par semis et mise en place d’aires de dissémination de graines).


    3.1.6. Diversité faunistique
    En tant que réserve cynégétique, la réserve se caractérise par une faune riche et variée consignée dans le document portant « projet de classement de la réserve naturelle d’El-Mergueb ». Ce document établi par la Conservation des Forêts de la wilaya de M’sila fait état de la présence de 23 espèces de mammifères, de 12 espèces de reptiles, de 87 espèces d’oiseaux. Soulignons également, que parmi les éléments caractéristiques de cette faune figurent de nombreuses espèces adaptées à l’aridité du milieu et inscrites sur la liste « rouge » des espèces animales protégées par diverses conventions internationales. Cependant, au-delà de l’importance de cette richesse faunistique, la réserve d’El-Mergueb constitue l’habitat privilégié de nombreuses espèces protégées à l’échelle du globe (la gazelle de cuvier, connue localement sous le nom de « edemi », l’outarde houbara et le fennec constituent de véritables joyaux de cette réserve).
    Conclusion
    La réserve d’El-Mergueb présente une diversité biologique remarquable : 211 espèces végétales de spermaphytes sont à ce jour répertoriées (soit 19,1 % de l’ensemble des espèces steppiques d’Algérie, du Maroc et de Tunisie). Parmi ces espèces, un ensemble de taxons endémiques représentatifs tant de l'élément méditerranéen (18 endémiques à affinité méditerranéenne) que de l'élément saharo-arabique (12 endémiques à affinité saharienne) et répartis selon les familles les plus représentatives de la flore d’Algérie : Apiaceae, Asteraceae, Boraginaceae, Brassiceae, Caryophyllacaeae, Chenopodiaceae, Cistaceae, Euphorbiaceae, Fabaceae, Lamiaceae, Papaveraceae, Poaceae et Scrofulariaceae.
    Du fait de la conjonction de facteurs mésologiques, la réserve présente des habitats de qualité et de valeur « biologique » indéniable comme par exemple une station mise en défend qui constitue un modèle de développement d’un écosystème steppique pour la conservation in situ de la biodiversité des milieux steppiques.
    Bibliographie
    KAABECHE, M., 1990. - Les Groupements Végétaux de la Région de Bou-Saada. Contribution à la Synsystématique des Groupements steppiques du Maghreb. Thèse de Doctorat d’Université. 2 Vol., Université de Paris-Sud, Centre d'Orsay, France.
    KAABECHE M., 1996. - Flore et végétation dans le bassin du Hodna (Algérie). Acta Botanica Gallica, Bull. Soc. Bot. France, Paris, France.
    KAABECHE M., 1997. - La végétation steppique du Maghreb (Algérie, Maroc, Tunisie). Essai de synthèse phytosociologique par application des techniques numériques d'Analyse. Doc. Phytosoc., N.S., Vol. 16: 45-58, Camerino, Univ. degli Studi, Italia.
    KAABECHE M., 1998. – Les pelouses steppiques à dominante thérophytique du Maghreb (Algérie, Maroc, Tunisie). Essai de synthèse phytosociologique par application des techniques numériques d'Analyse. Doc. Phytosoc., N.S., Vol. 26, Camerino, Univ.
    KAABECHE M., 2005. - Plan de gestion du site de Mergueb (M’sila), projet DGF/GEF/PNUD-Alg/G35.
    LAVRENKO E.M., 1954. - Les steppes de la région eurasienne. (Géographie, dynamisme, histoire) Essai de botanique; Acad. Sc. U.R.S.S., 1, 174-191.
    QUEZEL P. et SANTA S., 1962-1963. - Nouvelle Flore de l'Algérie et des régions désertiques méridionales, vol. 1-2. C.N.R.S., Paris, 1170 p.
    REBOUD V., 1867. - Extrait d'une notice sur une exploration botanique du Hodna (Alg‚rie). Bull. Soc. Bot. Fr., 14 : 127-136.


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  2. رد: Approche méthodologique pour une gestion durable des écosystèmes steppiques

    شكرا وبارك الله فيك